Face aux anti-vaccins, il faut organiser la riposte

Article publié dans le numéro juin-juillet 2018 de la Gazette Santé Social

Antivaccins hyperactifs sur Internet : la contre-offensive s’organise

Alors que le discours des anti-vaccins domine sur la Toile, le Dr Olivier Mariotte, enjoint la société civile de faire barrage aux fausses informations qui se répandent sans contrepartie sur internet. Créateur de Nile, une agence de conseil dédiée aux acteurs de santé, il incite à la constitution de « think tanks » réunissant les hommes de bonne volonté pour pallier la décrédibilisation des représentants de la science et des autorités, contestés par les citoyens chez qui on a instillé le doute. 

 

Egora.fr : Vous vous êtes récemment associé aux six académies scientifiques, qui ont protesté contre l’annulation en appel de la radiation du Pr Henri Joyeux, ce médecin qui mène une offensive contre les vaccins. Que vous inspirent les derniers soubresauts de cette affaire ?

Dr Olivier Mariotte : Je trouve absolument dramatique que des arguties juridiques soient mises en balance avec la même force que la réflexion scientifique. Une radiation signifie qu’une personne a commis des faits que la déontologie de la profession ne peut tolérer. Si une argutie juridique vient  démonter ce fait, cela donne à l’auteur de ce comportement anti déontologique, les moyens d’étendre le domaine de la lutte et de dire : « Voyez, j’ai été blanchi de… ce qui signifie que sur le fond, mes arguments scientifiques sont bons. » Je trouve cela absolument scandaleux, c’est du relativisme. Hormis par Michel Cymes qui a pris une position claire et très forte, en tant que médecin et en utilisant sa plateforme médiatique, c’est quelque chose qui est très souvent utilisé par les médias. Ils comparent deux faits qui n’ont pas la même valeur : la déontologie, la puissance de la rationalité de la science et des comportements scientifiquement délinquants. On ne peut pas se baser sur une argutie juridique pour retrouver de la légitimité à cause de cela.

 

Vous avez démontré dans l’étude menée en collaboration avec Antidox, l’extraordinaire activisme des anti vaccins sur la toile, alors que les défenseurs des vaccins se situent loin derrière. Que faudrait-il faire pour être à équivalence d’influence sur le net, puisque c’est là que les choses se jouent ?

A équivalence d’influence ? Il ne faut pas chercher, ce n’est pas un combat quantitatif. Dire qu’il faut mettre plus de pression pour le faire porter par des gens ou pour convaincre, relève à mon avis d’une vision obsolète. En revanche, à l’heure actuelle, ce qui constitue la grande majorité du public, ce sont…

les gens qui doutent. Et ils le peuvent, avec tout ce qui leur a été raconté. Auparavant, une mère de famille dans les années 60 ne s’occupait pas de savoir s’il fallait vacciner son gamin contre la variole car d’une part, c’était obligatoire et d’autre part, dans toutes les histoires de familles, il y avait des récits de gens qui étaient morts de la variole. Alors, avoir accès à la vaccination, c’était une aubaine. Mais maintenant, il y a des gens qui doutent, parce que de mauvaises décisions ont été prises par les pouvoirs publics et que des effets d’annonce peuvent expliquer ce doute.

Ce qui pose véritablement problème, c’est qu’il n’y a pas en face de cela, un arsenal rationnel, équilibré, d’arguments portés par des gens de qualité, qui permettrait de lutter contre la myriade d’informations perverses qui sont diffusées, très souvent émotionnelles, reposant sur des falsifications scientifiques comme cette étude sur l’autisme et la vaccination.  En face, il n’y a pas un nombre suffisant d’acteurs pro vaccins, qui vont dire : « Ce que vous affirmez là, c’est faux. Cette étude est de mauvaise qualité, etc « . Qui vont mettre les gens devant une demande de justification permanente.

Il faut qu’on arrive à constituer un catalogue d’éléments rationnels, scientifiques, bien étayés, qui s’adresse à tous ceux qui recherchent une information de qualité, traçable, référencée scientifiquement, un corpus d’information pro vaccin, de qualité, qui ne reprend que des éléments scientifiques. On n’a pas besoin d’avoir l’opinion de Louis Pasteur, on s’en fiche même si elle est magnifique. Il suffit de savoir que ce scientifique a tenté un truc fantastique sur un gamin qui avait la rage, une maladie qui tuait 100 % des personnes infectées, qui lui a permis d’être vivant.

 

Qui pourrait être porteur de ce discours ? Les sachants en général, la presse, le gouvernement, les médecins, les laboratoires pharmaceutiques sont tous décrédibilisés par ces contestataires ? Comment contrer cette vague de défiance ?

Il faut travailler les stratégies d’alliance. Les autorités de santé se sont décrédibilisées du fait d’une mauvaise gestion des crises sanitaires : décisions de blocage de la vaccination contre l’hépatite B, puis de confier l’organisation de la…

vaccination contre la grippe au ministère de l’Intérieur par exemple. La science, par ailleurs, ne s’est jamais positionnée pour être suffisamment convaincante, sa communication est opaque pour le grand public. L’industrie pharmaceutique ? Pour les anti-vax, c’est Big pharma. Son intérêt est de produire des vaccins pour faire plein de profit. Et plus les gens seront vaccinés et plus ils seront malades d’ailleurs, et plus on pourra leur vendre des médicaments… Les médecins ? Il suffit de ressortir le fait que 12 % seulement d’entre eux sont vaccinés contre la grippe pour qu’on se dise qu’ils n’y croient pas. Les seuls qui auraient une forme de crédibilité, c’est les pharmaciens qui récupèrent la vaccination contre la grippe au détriment des médecins. Mais maintenant, on commence à entendre dire qu’eux aussi, ils le font pour se faire plus d’argent.

Ce qui devient intéressant, c’est lorsque on voit un youtuber, une académie, une entreprise, une société savante médicale, un collectif de professionnels de santé, se mettre à travailler ensemble et en réseau. Dans l’étude diligentée par Nile et Antidox (voir par ailleurs), on voit émerger des personnalités comme le chercheur Thomas Durand, de la Tronche en biais, une chaîne youtube, qui récupère des morceaux d’informations pour contester systématiquement les contrevérités qu’il détecte sur la toile. Voilà le genre de personnalités que l’on trouve parmi les pro-vax.

 

Il faudrait constituer une société civile des pro-vax ?

Je pense qu’il faut créer des think-tank ou des groupes de réflexion faits pour l’action, qui pourraient associer des associations de malades, des industriels, des administratifs, etc.  Mais cela ne peut pas exister si ce « do tank » est issu d’une décision politique, car vous ne ferez jamais travailler la DGS avec l’industrie pharmaceutique, sous les yeux du grand public, par exemple. Cela réfère plutôt à une forme de génération spontanée d’acteurs qui se mettent à bouger. Cela n’empêche pas que les autorités de santé pourraient prendre l’initiative de…

créer ce corpus d’information et rémunérer ensuite les gens, qui ont ce genre de profil à la Thomas Durand. Mais je pense que l’action doit être portée par un certain nombre de personnes qui s’auto désignent : un médecin de famille, un pharmacien, un patron de boite, un Michel Cymes, etc. Je ne crois pas à un grand plan de l’action publique.

 

C’est une vue de l’esprit ou les choses sont-elles déjà en train de se mettre en place ?

Cela se met en place. Je pense que les systèmes craquent, mais les hommes réfléchissent bien et certain d’entre eux s’investissent pour des causes. Notre étude montre que ceux qui ont de l’influence dans les réseaux sociaux ne sont pas ceux qui sont connus. La cause n’est pas perdue, mais il faut que les pouvoirs publics se gardent de deux écueils : d’une part, mener une grande campagne car c’est vraiment ce qu’il faut faire pour redévelopper des messages anti vax. D’autre part, se dire quer ce n’est pas très grave car ce sera fait par d’autres. Non, il faut que ce soit fait avec eux, leurs soutiens, leurs investissements et leurs moyens.

 

 

Messages anti vaccins :  250 000 partages sur Facebook et 46 000 tweets

Une enquête sur le débat relatif à la vaccination sur les réseaux sociaux a été réalisée par Antidox, un cabinet de conseil en stratégie en communication et Nile, une agence conseil en affaires publiques dédiées aux acteurs de santé. Durant trois mois, 841 500 mentions extraites de médias en ligne, de blogs, de forums, de Facebook, Twitter, Instagram ou Youtube ont été passées au crible.

La requête anti-vaccination a progressé de 130 % au cours des 5 dernières années, avec un léger pic de recherche, à l’occasion de l’annonce par le Premier ministre, de l’extension de l’obligation vaccinale, souligne l’étude.

Sur les réseaux sociaux, plus de 8 200 articles ont été publiés sur la vaccination. Sur Facebook, le Pr Henri Joyeux a 143 000 abonnés et les anti-vax sont de loin les plus actifs. Ils publient et relaient des messages de manières beaucoup plus régulière que les pro-vaccins (250 000 partages sur Facebook ont été réalisés ainsi que 46 000 tweets) Mais les pro-vaccins ont toutefois une plus grande audience, note l’étude.

Sur Twitter, à partir d’une étude portant sur un panel de 2 000 pro et 2 000 anti-vaccins, il a été observé que les anti vaccins sont en moyenne trois fois plus actifs que les pro-vaccins. Sur les 25 vidéos les plus vues sur Youtube concernant les vaccins, plus de 50 % d’entre elles développent un argumentaire contre la vaccination contre 10 % de vidéos pro vaccins. Les partisans de la vaccination  sont peu actifs, et leur engagement n’est pas régulier. Ils adoptent majoritairement des postures défensives sur les discours anti-vax, « ce qui peut s’avérer contre-productif en termes d’image, commentent les auteurs de l’étude.

Innovations expérimentales : un « chiffon rouge » si l’on ne sait pas les évaluer (Frédéric Valletoux)

PARIS, 20 juin 2018 (APMnews) – L’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) 2018 sur les innovations organisationnelles et tarifaires ne sera qu’un « chiffon rouge » sur la tête des acteurs si l’on ne sait pas évaluer la qualité des expérimentations, a averti mercredi Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), invité d’un « Café Nile ».

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« Il faut saisir l’opportunité des GHT » pour « une plus forte cohésion » dans les hôpitaux (Laurent Chambaud, EHESP)

PARIS, 16 mai 2018 (APMnews) – La mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT) est l’occasion de mieux former les directeurs d’établissement, cadres de santé et médecins à travailler ensemble et d’améliorer la cohésion entre les différents acteurs , a estimé mercredi Laurent Chambaud, directeur de l’école des hautes études en santé publique (EHESP).

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Reste à charge zéro : le président de la Mutualité confiant

PARIS, 4 avril 2018 (APMnews) – La concertation en cours sur le reste à charge zéro va aboutir à la définition d’un panier de soins entièrement remboursé mais les complémentaires pourront continuer à aller au-delà, a expliqué Thierry Beaudet, président de la Mutualité française, lors d’une rencontre organisée par le cabinet de conseil nile.

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Nouveaux anticancéreux : après l’AMM, il faut des études en vie réelle pour continuer à préciser la place des médicaments (Muriel Dahan, INCa)

PARIS, 29 mars 2018 (APMnews) – Les nouveaux anticancéreux devraient faire l’objet, après l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), d’études en vie réelle dont le but serait de préciser l’intérêt de ces produits et leur place par rapport aux autres options dans la prise en charge des patients, a estimé Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament à l’Institut national du cancer (INCa), mercredi lors d’un café nile.

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La T2A « ne doit pas service de méthode de pilotage de politiques publiques qu’on n’arrive pas à assumer » (Olivier Véran)

PARIS, 24 janvier 2018 (APMnews) – Olivier Véran, député LREM, a déploré mercredi que les effets de la tarification à l’activité (T2A) soient parfois mis en avant pour justifier la fermeture de services qui auraient pu être fermés plus tôt s’ils « ne font peut-être plus sens en termes de besoins de santé ».

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Télémédecine : les négociations conventionnelles pourraient s’ouvrir dès décembre

PARIS, 25 octobre 2017 (APMnews) – Les négociations conventionnelles entre l’assurance maladie et les syndicats de médecins sur la télémédecine pourraient s’ouvrir dès le mois de décembre et s’étendre par la suite à d’autres professions de santé, a annoncé mercredi le directeur général de l’assurance maladie, Nicolas Revel.

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L’assurance maladie s’enthousiasme pour le nouveau cadre des expérimentations

PARIS, 25 octobre 2017 (APMnews) – Le directeur général de l’assurance maladie, Nicolas Revel, a dit mercredi « fonder beaucoup d’espoirs » sur le renouveau du cadre des expérimentations prévu par l’article 35 du projet de loi de financement de la sécurité sociale.

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« Il en va d’un système de santé comme d’une chaîne stéréo » Billet d’humeur paru dans la Gazette Santé Social – juin 2017

A consulter dans le numéro de juin 2017, dans la Gazette Santé Social.

Amusant… ou plutôt pathétique car je veux parler de la bien peu glorieuse 15e place mondiale de notre système de santé.

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