« Les professionnels accusent l’assurance maladie du piétinement de la télémédecine » par 01net.entreprises

Les troisièmes Assises de la santé numérique ont souligné le statu quo de la télémédecine. En cause : l’assurance maladie et l’absence de modèle économique des expérimentations déjà menées.

S’agissant de la télésanté, et en particulier de la télémédecine, les constats sont les mêmes d’une année sur l’autre : les nombreuses expérimentations menées localement n’aboutissent jamais à des projets industrialisés, économiquement viables et étendus à l’échelle nationale, voire même régionale. Les troisièmes Assises des technologies numériques de santé ont démontré combien ce piétinement engendrait colère et frustration de la part des professionnels de santé. Lesquels ont, d’une part, questionné le rôle de l’Etat dans le développement de la télésanté, d’autre part, pointé la responsabilité de l’assurance maladie (absente des débats) dans ce statu quo.

En cause ? Sa réticence et sa lenteur à coder les actes de télémédecine de manière à les rendre remboursables. Celle-ci attend qu’on lui démontre que ces actes génèrent une véritable amélioration des soins, sans pour autant faire exploser les coûts. « ll est navrant de constater que depuis la publication du décret sur la télémédecine, cette nomenclature des actes n’a pas avancé. Résultat, les pratiques de télémédecine ne peuvent toujours pas être facturées », lance Olivier Mariotte, président de nile, et animateur des débats.

Notons, sur ce point, que les industriels et la direction des soins sont sur la même longueur d’onde. Orange Healthcare regrette ainsi l’absence de règle de gouvernance, et la DGOS, par la voix d’Alexandra Fourcade, responsable de la Mission des usagers de l’offre de soins estime « que c’est de la responsabilité de l’assureur public de se doter d’outils de gestion de risque à grande échelle ».
Une approche ultralibérale de la télémédecine

Autre cible des débats : les politiques nationales d’e-santé, dont certains n’hésitent pas à remettre en cause le bien-fondé. C’est le sentiment de Guy Vallancien, professeur d’urologie à l’université Paris Descartes : « Arrêtons de créer des agences et des instituts qui coûtent des millions d’euros et emploient des milliers de collaborateurs. Laissons faire leur boulot aux personnels et aux systèmes informatiques. Que l’administration se limite à un rôle de garant de la protection des données, et qu’elle intervienne a posteriori, pas a priori. » D’autres avis pointent un « jacobinisme forcené », ou encore la fâcheuse tendance des institutions à construire des usines à gaz inopérantes au détriment des initiatives locales.
L’égalité des soins au cœur des politiques d’e-santé

Réponse du ministère de la Santé : « Il ne faut pas opposer le petit projet local qui serait merveilleux au service national, lourd, qui ne fonctionnerait pas », lance Philippe Cirre, du secrétariat général du ministère de la Santé. « Les expérimentations menées jusque-là doivent profiter au plus grand nombre, et surtout changer d’échelle », poursuit-il. C’est précisément pour les sortir des laboratoires qu’il défend le principe d’une politique d’e-santé nationale déclinée en régions. Et ce par le biais des ARS (Agences régionale de santé).

Côté ARS, justement, on reconnaît que le niveau d’intervention est délicat. « Où doit-on positionner le curseur pour apporter un niveau de structuration minimal sans pour autant entraver l’innovation et la libre initiative ? », s’interroge Alain Corvez, directeur de la stratégie à l‘ARS du Languedoc-Roussillon. Tout en rappelant que les politiques publiques liées à la télémédecine sont là aussi pour « réduire les inégalités de santé en compensant les insuffisances sur certaines parties du territoire ».

 

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Et téléchargez la synthèse des Troisièmes Assises

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