« Une nouvelle étape dans le monde de l’hospitalisation privée en Allemagne » par Paul Garassus

Dans un marché jugé comme difficile pour les investisseurs et de ce fait plutôt atone en France, les tout récents développements observés en Allemagne sont singulièrement impressionnants. Une première étape avait été franchie l’automne 2011 avec une première transaction d’envergure sous la forme d’une acquisition de MediClin par le Groupe Asklepios. Cette fusion permettait alors au groupe nouvellement constitué de prendre la première place du marché allemand des cliniques privées avec environ 140 établissements réalisant un chiffre d’affaires annuel cumulé de 2,8 milliards d’euros.

Le secteur de l’hospitalisation privée qui est déjà assez regroupé en Allemagne (environ 70% des cliniques dépendent déjà de groupes de taille variable contre moins de 40% en France) vient de subir le 26 avril une nouvelle transformation brutale et inattendue. Le groupe HELIOS vient d’annoncer l’achat de RHOEN-KLINIKUM dans un processus de fusion-acquisition alors qu’ils étaient respectivement numéro 3 et 2 sur leur marché. Le rachat des actions qui doit être confirmé dans les semaines à venir, se fait par acquisition de la part du propriétaire de HELIOS, c’est-à-dire FRESENIUS. Cet acteur mondial des industries de santé tout particulièrement présent dans le secteur de la dialyse, était déjà ce qui est moins connu, propriétaire de HELIOS un des acteurs importants de l’hospitalisation privée allemande. En deux étapes, cet automne par l’acquisition du groupe DAMP (près de 500 millions de CA) puis ce printemps avec l’achat de RHOEN, (transaction évaluée à 3,1 milliards d’euros) HELIOS devient et de loin le leader du secteur. Le chiffre global de CA estimé sera de 5,6 milliards d’euros pour près de 120 établissements de grande taille. Le rachat nécessite l’acquisition de 90% des actions de RHOEN, les actionnaires historiques (la famille MUNCH) ayant donné leur accord. Les autres actionnaires sont des investisseurs nord-américains qui depuis plusieurs années s’étaient positionnés dans le monde de la santé. La valeur attractive de l’offre de rachat du titre en bourse, fait escompter une solution rapide. Le projet de transaction est accompagné par un consortium de banques, Deutschen Bank, J.P. Morgan, Société Générale, Crédit Suisse et UniCredit. On rappelle que Stantard and Poor’s avait fait l’année passée, une analyse fouillée et comparative de la position du groupe RHOEN. Le quotidien « Die Welt » titrait jeudi 26 avril sur la naissance d’un géant, le FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung) quant à lui interviewait Ulf Schneider, le dirigeant de FRESENIUS qui considère le marché allemand de l’hospitalisation privée encore morcelé.

 
Ces stratégies interrogent de la part d’investisseurs aussi puissants et qui connaissent parfaitement le secteur de la santé. Le pari est donc sur l’optimisation de gestion offerte par des tailles industrielles de regroupements hospitaliers, pour des patients soucieux de la qualité des soins. La création de « poids lourds » de l’hospitalisation est donc un fait économique notable mais inattendu, l’annonce de la fusion récente ayant pris de court tous les spécialistes. Le secteur de la santé, qui a pu être considéré comme un stabilisateur automatique au début de la crise économique, va certainement devoir endurer des temps difficiles sous la contrainte affichée des restrictions budgétaires à venir. Le respect des engagements financiers des états membres de l’Union Européenne, dans une orthodoxie budgétaire recouvrée (ou annoncée), va certainement peser sur l’offre de soins et les politiques tarifaires. Le fait est déjà patent en France. La recomposition de l’offre de soins selon la pression des régulateurs que sont les tutelles concernées, se fera-t-elle sur une tendance en faveur d’un secteur privé dynamique et innovant ? Des modèles économiques différents, les PPP (Partenariat Public Privé) ont vécu ces toutes dernières années de crise, des temps difficiles dans les deux pays où ils ont été volontiers implantés (Espagne et Royaume-Uni). L’implication d’un gestionnaire privé d’envergure, grand spécialiste de la santé, mérite donc une attention renouvelée de notre part afin de permettre de modéliser au mieux un monde hospitalier en grande restructuration. L’hospitalisation privée européenne est à la fois attentive à la reconnaissance de sa place et aussi soucieux d’une reconnaissance tarifaire à la hauteur des enjeux. Les conséquences pratiques de la directive européenne augmentant la liberté de circulation des patients et transposable en droit national en Octobre 2013, ne sont pas encore modélisables. Néanmoins, la libéralisation de l’offre de soins et l’implication d’acteurs économiques privés est à prendre en compte.

 
Alors que l’on observe en France une nette stagnation des transactions dans un monde hospitalier privé plutôt désenchanté et contraint, l’annonce de restructurations majeures outre-rhin ne peut laisser indifférent. Le modèle économique développé va être étudié à la loupe, des rentabilités « à deux chiffres » laissant perplexe les acteurs économiques de ce côté-ci du Rhin. Nous avons rencontré les responsables du BDPK (équivalent de la FHP) à Berlin ce jour. L’annonce de la fusion récente a surpris tout le monde mais s’inscrit dans une logique de professionnalisation de l’offre de soins. Ici aussi le futur est à la réduction du nombre d’établissements hospitaliers, leur diminution de taille – le down-sizing est la mode ici aussi – et leur inscription au sein de réseaux professionnels renouvelés dont les maisons spécialisées de santé font partie. Les nouveaux acteurs ainsi constitués vont donc peser directement sur l’offre de soins. Les développements internationaux du secteur hospitalier privé (actuellement en Allemagne, mais aussi au Royaume-Uni et dans l’Europe de l’Est). Le modèle d’une gestion d’établissements par des praticiens est en voie de disparition, il serait étonnant que ces évolutions conséquentes ne s’expriment pas également sur notre territoire.

 
Quelle place pour un nouveau « géant » du secteur, quelle est son positionnement et quel pertinence économique doit se développer pour réussir ce pari d’envergure, voilà toutes les questions qui ne manqueront pas de se poser. Nous serons vigilants à analyser et comprendre ce qui pourrait être une piste de développement, y compris dans notre pays, pour en tirer des leçons pertinentes et efficientes.

 
Dr Paul GARASSUS
Vice Président SFES, Membre de l’UEHP*

 
* Union Européenne des Hôpitaux Privés

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