« Organisation des soins : Jean-Marie Le Guen salue une élévation du niveau des connaissances des élus territoriaux (Café Nile) » par AEF

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« Le niveau de compréhension et de connaissance des élus territoriaux, qui partait d’assez bas, sur l’organisation de notre système de santé, la santé primaire, la notion de parcours de soins ou de permanence des soins, s’est considérablement amélioré », assure Jean-Marie Le Guen, député socialiste de Paris et adjoint au maire de Paris, lors d’une rencontre organisée par Nile mercredi 20 mars 2013 à Paris. « Ils sont capables d’aller interpeller l’ARS sur le fond des dossiers », assure celui qui dit l’avoir vérifié auprès de nombreux élus locaux durant la campagne présidentielle de 2012.
L’élu parisien, rallié le 15 mars dernier à la candidature d’Anne Hidalgo aux municipales de 2014, observe que la loi HPST de 2009 a tendu à marginaliser le pouvoir des élus locaux. Rappelant en avoir fait les frais à l’AP-HP (AEF n°167995), il dénonce « le discours technocratique » qui « tendait à faire croire que si l’hôpital ne se réformait pas, c’est parce que de méchants élus refusaient de voir les évolutions. »

« Les élus, qui se sont parfois mobilisés à tort contre telle ou telle restructuration hospitalière, étaient amenés à agir ainsi parce que la population alertée par d’excellents professionnels de santé le plus souvent, les incitait à interpeller les pouvoirs publics ».

Évoquant la représentation de la « démocratie sanitaire » au sein du système de santé, il faut « que nous soyons capables d’assurer, sans démagogie, une représentation des usagers qui ont une place spécifique à occuper dans le système de soins, ne serait-ce que sur la question du ‘juste soin’ ou de la qualité, du dialogue avec les professionnels de santé et les institutions. Ce que ni les élus, ni les organisations syndicales, ni la Mutualité ne peuvent à eux seuls prétendre ». L’essor d’un mouvement d’usagers de la santé et d’associations de malades apporte à cet égard un renouveau. Mais, assure le député, ils « n’ont pas trouvé le bon niveau d’organisation ».

IMPLICATION ACCRUE DES ÉLUS DANS LA TERRITORIALISATION DE LA SANTÉ

« Ce qui est paradoxalement le plus nouveau, c’est ce mouvement -qui va continuer à s’affirmer- de présence des élus dans cette problématique de la démocratie sanitaire », estime le député. « On parle territorialisation, planification de l’offre de soins sur les territoires, sophistication des modes de financement ; je peux vous dire qu’en tant que maire-adjoint à Paris sur les questions de santé, je ne peux pas ne pas m’interroger sur la manière dont la ville intervient pour organiser ou favoriser la présence d’une offre de soins, accessible physiquement et socialement, dans la capitale ». « Il ne va pas de soi que l’immobilier parisien s’adapte spontanément à la demande des professionnels de santé dans leurs nouvelles formes de pratiques », indique-t-il à titre d’exemple. Il prédit donc dans les années à venir une intervention encore plus forte des collectivités territoriales.

Rappelant l’importance de la jonction ville-hôpital, il exprime l’idée que les élus auront à « contribuer à faire le tuilage » entre les problématiques ambulatoires et hospitalières. « Eux et leurs administrations n’ont pas aujourd’hui les compétences. Ils doivent donc les acquérir ».

RÉFLEXION SUR LES INÉQUITÉS ET LES MOYENS DE LES RÉDUIRE

Interrogé sur les inéquités dans l’accès à certains modes de prise en charge ou certaines thérapies entre territoires qu’une déconcentration au niveau régional des politiques de santé pourrait engendrer, Jean Marie Le Guen répond que ce type d’interrogations se retrouve dans l’ensemble des politiques publiques. Il ne croit pas que l’adaptation au terrain des politiques de santé accentue les inégalités, bien au contraire. Il cite le cas du Nord-Pas-de-Calais où l’accent est mis par l’ARS sur l’action sur les déterminants de santé : « Je pense qu’on obtiendra bien plus de résultats ainsi que si l’on se contente de chercher à proposer la même offre de spécialités hyper-pointues qu’à Strasbourg, par exemple ». Or, avec un État centralisé comme c’est le cas actuellement, « il n’existe à aucun point de vue d’égalité ni sur les traitements, ni sur la prise en charge des déterminants de santé. »

Pour lui, « les chemins de la lutte contre les inégalités sont des chemins qui peuvent être différents et adaptés ». S’agissant de certains traitements du cancer de plus en plus personnalisés, il estime que les Français « vont être amenés à bouger de plus en plus pour se faire soigner dans un centre interrégional » sur tel ou tel aspect de leur pathologie. Autre exemple, celui de l’offre hospitalière en Ile-de-France : « Je milite pour un hôpital du Grand Paris. Mais avant de pouvoir offrir un CHU aux habitants de Seine-et-Marne, il faudra du temps. En attendant, il faut faire en sorte que les habitants de Seine-et-Marne soient pris en charge dans les hôpitaux de l’AP-HP tels qu’ils sont distribués aujourd’hui ». Une AP-HP qui doit « se réformer en profondeur » et afin d’anticiper la réponse aux besoins du XXIe siècle comme tente de le faire l’Hôtel-Dieu de Paris pour lequel Jean-Marie Le Guen défend le concept d’hôpital pour « gens debouts » avec moins de lits d’hospitalisation.

PÉRIODE DIFFICILE DE TRANSITION

Évoquant la situation « très tendue » entre les professionnels de santé, notamment les médecins libéraux, et le gouvernement, il estime qu’elle tient en grande partie à l’évolution des modèles d’organisation et à la souffrance que l’incertitude de ces temps de transitions entraîne chez ces mêmes professionnels. « Je vois beaucoup de médecins généralistes. Je comprends que le fait que ce métier soit exercé demain de façon tellement différente puisse être extrêmement douloureux. Néanmoins, il n’y a pas de solutions miracles pour revenir à la situation que l’on a connue dans les années 80 ou 90. ».« Nous devons faire avec la démographie médicale, avec la transition épidémiologique, avec les nouvelles générations qui ne veulent pas travailler comme leurs aînés. Il faut se projeter avec une conscience des contraintes et la capacité à travailler ensemble. Je pense que nous allons connaître des périodes difficiles et qu’il faudra trouver des compromis et des consensus pour faire évoluer les choses. Le tout dans un contexte contraint au plan financier. »

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