Un système de santé « hyperadministré, bureaucratisé, jacobin » : le coup de sang du patron de la FHF

Article de Martin Dumas Primbault publié le 22 juin 2018 dans Le Quotidien du médecin

Frédéric Valletoux était l’invité cette semaine du café Nile, à Paris, pour débattre de la place de l’hôpital dans la transformation du système de santé. Le patron de la Fédération hospitalière de France (FHF) n’y est pas allé par quatre chemins, dénonçant successivement « un système hyperadministré, bureaucratisé, centralisé et jacobin » et des agences régionales de santé (ARS) qui « infantilisent » les acteurs locaux. Clairement, Frédéric Valletoux veut prendre d’assaut la « citadelle administrative française »

Place aux acteurs locaux

Dans l’attente des annonces du président de la République sur la réforme de l’hôpital, Frédéric Valletoux préconise un changement de paradigme sous le signe de la « responsabilité populationnelle ». Derrière cette expression se cache une approche par la pertinence des soins dans laquelle l’organisation territoriale des soins ne serait plus contrôlée a prioripar les ARS, mais évaluée après sa mise en œuvre.

« Aujourd’hui, un directeur d’hôpital est soumis au bon vouloir de l’ARS pour faire valider son budget », déplore Frédéric Valletoux. La solution du maire de Fontainebleau suit une logique inverse. L’ARS, à partir d’indicateurs de santé publique, réunirait autour d’une table tous les acteurs locaux – publics comme privés – pour leur donner des objectifs précis à l’échelle d’une population sans postuler a priori des moyens d’action. Ce n’est qu’au moment de l’évaluation des résultats que les acteurs les moins performants pourraient être sanctionnés. Frédéric Valletoux assume : « Le système de santé n’a pas besoin de plus d’argent mais d’être mieux régulé. » 

Guerre stérile public/privé

La responsabilité populationnelle prônée par la FHF ne peut aller sans une véritable coopération public/privé sur le terrain. « Je pense que les différents acteurs sont prêts à faire partie d’un système qui les responsabilise », veut croire Frédéric Valletoux.

Qui de mieux pour lui donner raison que Lamine Gharbi, son homologue de l’hospitalisation privée ? Présent dans l’auditoire lors du débat à Paris, le président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) s’est félicité des nouveaux rapports qu’entretiennent désormais les deux fédérations. « J’ai longtemps été l’artisan d’une guerre stérile entre le public et le privé », s’est-il excusé. « Aujourd’hui, j’ai compris qu’il ne fallait plus plaider la convergence tarifaire mais… la convergence des devoirs, le premier étant de permettre à chacun de trouver un médecin . » C’est dans cet esprit que le patron de la Fédération des cliniques suggère la participation plus ample des établissements privés à la prise en charge de certains patients fragiles – notamment en médecine gériatrique, en soins de suite et en psychiatrie.

Interim, mauvaise réponse, vrai sujet

Sur la question du recours à l’intérim par les hôpitaux, le patron de la FHF s’est montré ferme. « C’est une très mauvaise réponse à un vrai sujet. » Évoquant l’initiative du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) qui dresse une liste noire des établissements plafonnant leur rémunération, Frédéric Valletoux a eu des mots durs : « Ces gens-là devraient être sanctionnés. »

Interrogé enfin sur le récent rapport du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie (HCAAM) qui préconise la création d’un nouveau type d’établissements communautaires à mi-chemin entre l’hôpital de second recours et la médecine de ville, le maire de Fontainebleau y voit « une réponse très française »« On crée une nouvelle structure et un nouveau statut dans l’espoir de soigner un mal. »

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