Contre la stigmatisation de la psychiatrie, une spécialiste défend une meilleure coordination avec les généralistes

Article de Sophie Martos publié le 6 mars 2019 dans Le Quotidien du médecin

Grèves de la faim, manifestations, happenings médiatiques… Les actions des professionnels de santé de la psychiatrie, déterminés à défendre leur spécialité, ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. À plusieurs reprises, le secteur n’a cessé d’alerter le gouvernement sur la réduction des moyens et la charge de travail qui les étouffent à l’hôpital comme en ville. Invitée ce mercredi du Café nile (un think tank en santé), le Pr Marion Leboyer*, PU-PH à l’université Paris-Est Créteil et responsable du pôle de psychiatrie et d’addictologie du CHU Henri-Mondor est revenue sur les attentes de ces professionnels devant une salle comble, où plusieurs membres des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur étaient présents.

« La psychiatrie a été le parent pauvre de la médecine. Elle ne s’est pas modernisée, son organisation est restée généraliste », a-t-elle expliqué pour cadrer les enjeux. « Les conséquences sont graves à la fois pour les équipes hospitalières qui sont épuisées et démotivées mais avant tout pour les patients qui paient le prix fort, souligne-t-elle. Les pathologies sont diagnostiquées plus tardivement, parfois de 10 ans, et l’espérance de vie de ces patients est inférieure de 10 à 20 ans à celle de la population générale. » 

Collaboration resserrée entre praticiens

Les rallonges budgétaires accordées à la psychiatrie n’ont pas encore permis de dissiper le malaise. La situation est « urgente », insiste le Pr Leboyer.

Elle suggère de tout restructurer. Cela devra passer par la création d’une agence interministérielle pour la santé mentale calquée sur le modèle de l’INCa afin d’améliorer la prise en charge, soutenir la recherche, diminuer la prévalence des pathologies et homogénéiser les parcours. « Nous en avons besoin, aujourd’hui, il n’y a pas de parcours lisibles de la psychiatrie aussi bien pour les usagers que pour les professionnels de santé, les pratiques ne sont pas homogénéisées et nous sommes coupés des autres disciplines », argue-t-elle.

Elle recommande aussi une meilleure collaboration avec les médecins généralistes notamment pour le dépistage. Deux tiers des généralistes se déclarent insatisfaits de leur collaboration avec les psychiatres. Une formation sur les outils d’aide au repérage précoce ou la création d’une plateforme de téléphonique/Internet de télé-expertise ou de dialogue entre les deux spécialités est à cultiver. Au-delà, l’information auprès du public doit s’améliorer. « Les pathologies psychiatriques et les psychiatres sont stigmatisés. Si un patient consulte son généraliste et que celui-ci l’adresse à un psychiatre, cela peut être difficile pour lui. Le médecin généraliste peut s’occuper de certains aspects en lien avec un psychiatre sur les pathologies somatiques ou la gestion des traitements », explique-t-elle.

Côté formation des jeunes généralistes, le Pr Leboyer s’est dit favorable à l’intégration d’un stage obligatoire lors de l’internat comme l’a annoncé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. « 25 % de la patientèle du généraliste ont des pathologies psychiatriques », rappelle-t-elle. Plutôt qu’un semestre entier, les représentants des internes (ISNI et ISNAR-IMG) préfèrent l’instauration de demi-journées de formation en santé mentale en structures ambulatoires. À titre d’exemple, l’interne pourrait passer plusieurs demi-journées dans un centre médico-psychologique (CMP) ou dans un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie lorsqu’il effectue son stage chez le praticien de niveau 1.

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