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« Ma santé 2022 est un plan pour laminer la médecine libérale ! », tonne le Dr Jean-Paul Hamon (FMF)

Article de Loan Tranthimy publié le 17 avril 2019 dans Le Quotidien du médecin

À quelques heures du dernier round des négociations conventionnelles sur les assistants médicaux et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), le bouillonnant président de la FMF, le Dr Jean-Paul Hamon, était l’invité ce mercredi 17 avril du café Nile. Interrogé sur ces deux réformes, le médecin généraliste de Clamart, installé depuis 1973 dans un cabinet de groupe de cinq médecins, n’a pas mâché ses mots. La transformation programmée du système de santé via la création des assistants médicaux et le développement des CPTS est « peut-être un plan pour laminer la médecine libérale ».

Sur les assistants médicaux, le versement de l’aide conventionnelle est conditionné à une augmentation de la patientèle médecin traitant ou de la file active. « N’imaginez pas qu’on va gagner en productivité. Si on a du personnel, on peut travailler dans des conditions correctes pour que les jeunes s’installent. Or, avec la solution de l’assurance-maladie, les jeunes vont fuir la médecine libérale ! », a déclaré le Dr Hamon.

Autre point négatif sur les CPTS : pour remplir les missions comme la prise en charge des soins non programmés, le projet d’accord conventionnel interprofessionnel (ACI) prévoit une délégation de tâches entre les professionnels de santé de la communauté. « La délégation des tâches, je la pratique quotidiennement avec les infirmiers et les pharmaciens de mon secteur. Le danger est la protocolisation à tous les étages qui ne laisse plus la place aux soins », déplore le généraliste. 

Dérégulation du parcours des soins

Pour le leader syndical, les pouvoirs publics méconnaissent clairement le métier de médecine générale. « Ils croient que l’on fait une succession de bobologie, au point de déléguer aux pharmaciens la possibilité de traiter les gens directement ou par télécabine. On assiste à une dérégulation complète du parcours des soins », dit-il.

Dans ce cadre, le Dr Hamon réitère son opposition contre la mesure du projet de loi santé visant à autoriser les pharmaciens à délivrer sous protocole certains médicaments à prescription obligatoire. « Il faut donner aux pharmaciens de proximité les moyens pour assurer la sécurité sanitaire et non pas changer leur métier. Une cystite et une angine ne sont simples qu’après l’examen du patient par le médecin », ajoute-il.

La FMF veut montrer qu’elle a des propositions concrètes pour « une vraie réforme du système de santé ». Pour donner les moyens financiers aux médecins, le syndicat propose de transférer les quelque 240 millions d’euros alloués (pour 2017) à la ROSP (rémunération sur objectif de santé publique) dans un « vrai » forfait structure qui permettrait aux médecins l’embauche d’un secrétariat médical.

Autre idée : transférer la dette de l’hôpital vers la CADES (caisse d’amortissement de la dette sociale) pour que les établissements se recentrent sur leur cœur de métier, à savoir l’hospitalisation et non les soins non programmés. Et de conclure : « 15 millions de passages n’ont rien à faire aux urgences et cela coûte trois milliards d’euros à la collectivité. Le problème est que l’hôpital ne peut pas se passer de ces trois milliards d’euros car il doit payer ses dettes ». 

Jean Sibilia appelle à la « responsabilité sociale » dans la formation des médecins

PARIS, 12 avril 2019 (APMnews) – Le président de la conférence des doyens des facultés de médecine, le Pr Jean Sibilia, a appelé à la « responsabilité sociale » en matière de formation des médecins, mercredi.

Il était invité à s’exprimer sur le thème « Formation des professionnels de santé: comment décloisonner les parcours de formation et les carrières? », à l’occasion d’un Café Nile, organisé à Paris par cette agence de conseil en affaires publiques.

La suite de cette dépêche est accessible avec l’aimable autorisation d’APMnews.com

Fin du numerus clausus : pas une « suppression » mais une « révision », recadre le patron des doyens de médecine

Article de Sophie Martos publié le 11 avril 2019 dans Le Quotidien du médecin

Invité du Café nile, think tank en santé, le Pr Jean Sibilia, président de la conférence des doyens des facultés de médecine, est revenu sur la réforme du premier cycle des études en santé. 

Promesse d’Emmanuel Macron, la suppression de la première année commune aux études de santé (PACES) et du numerus clausus est l’une des mesures clés de la loi de santé votée en première lecture à l’Assemblée nationale. L’objectif du gouvernement est de diversifier les profils des professionnels de santé et de mettre un terme à un système de sélection jugé inhumain – plusieurs milliers d’étudiants échouant chaque année sans réorientation.

Ne pas mentir aux jeunes

Mais pour le patron des doyens, il ne faut pas s’y tromper. Si le numerus clausus disparaît en tant que « verrou » national, l’entrée dans le cursus de médecine restera très sélective. « Il y a une suppression du concours de PACES et une « révision » du numerus clausus, je suis prudent, car la notion de suppression du numerus clausus est un abus » de langage, corrige le Pr Sibilia. Et d’ajouter : « Il faut dire les choses, ne pas mentir aux jeunes et à leurs familles. On supprime la sémantique numerus clausus mais on va garder le principe de sélectivité et de mesure des besoins sur les terrains. »

Plusieurs arrêtés et décrets sont en préparation pour cadrer la nouvelle méthodologie visant à définir le nombre d’étudiants autorisés à poursuivre leurs études dans les cursus santé. Plutôt qu’un quota rigide fixé d’en haut, l’idée est de proposer une fourchette modulable, tenant compte des capacités de formation de chaque faculté mais aussi des besoins en professionnels de santé dans les territoires à l’horizon de dix à quinze ans, définis par les agences régionales de santé (ARS).

« C’est toute la difficulté, admet le Pr Sibilia. Il faut imaginer une méthodologie de travail parce que définir une capacité de formation, c’est faisable, on sait combien de terrains de stages il peut y avoir, combien d’enseignants sont nécessaires, la charge pédagogique, etc. En revanche, modéliser les besoins en soins dans les territoires de façon fine, c’est très compliqué ! Dans dix à quinze ans, quels seront les métiers de santé ? Que fera le généraliste de proximité ? Le radiologue avec l’IA ? Comment la collaboration s’articulera entre les professionnels de santé ? »

Quel coût ?

L’autre mission délicate consiste à définir les modes d’entrée dans les études, via un « portail santé » (une première année universitaire générale en santé) ou via une première année de licence classique (« portail de licence ») avec une mineure santé.

Là encore, de multiples questions se posent. « Il faudra trouver le juste équilibre entre les différentes voies, prévientle patron des doyens. Toutes les formations peuvent-elles ouvrir les portes aux études de santé ? Les licences avec mineure santé seront-elles vraiment attractives ? Apporteront-elles une diversification des profils ? »

Enfin, la réforme aura un coût, qui reste à préciser : création d’enseignements en santé pour les licences classiques, évolutions pédagogiques, simulation ou encore augmentation du nombre de soignants à l’Université (avec les formations maïeutiques et de sciences infirmières…). La réforme du premier cycle s’écrit encore en pointillé. 

Et si on mettait les ARS sous tutelle ? La décentralisation sanitaire vue par Cédric Arcos

Article de Martin Dumas-Primbault publié le 3 avril 2019 dans Le Quotidien du médecin

Le directeur général adjoint du conseil régional d’Île-de-France Cédric Arcos était l’invité ce mercredi 3 avril du think tank Nile pour évoquer le rôle des régions dans l’organisation du système de santé. Un échange qui s’est rapidement transformé en plaidoyer du « monsieur santé » francilien, fervent défenseur d’une décentralisation des politiques sanitaires.

Prenant l’exemple de la crise des gilets jaunes et des premières conclusions du grand débat national, il a, dès son propos liminaire, mis en avant la volonté de proximité des citoyens français aujourd’hui : « les Français sont préoccupés par l’avenir de leur hôpital, de leur maternité, de leur accès aux soins ». Or, « on a l’impression que plus les choses deviennent compliquées, plus on centralise », a-t-il poursuivi.

Pourtant, les problématiques de santé sont bel et bien liées au territoire affirme Cédric Arcos qui rappelle que, même si elle abrite l’un des plus grands CHU d’Europe – l’Assistance publique-hôpitaux de Paris –, la région Île-de-France reste « le premier désert médical du pays ».

ORDAM et convention médicale régionale

« Et si on osait la décentralisation en santé », a alors proposé l’ancien délégué général adjoint de la Fédération hospitalière de France (FHF). Selon lui, la région est « l’autorité la plus apte, la plus préparée et la plus pertinente » pour mener une politique de santé territoriale car c’est elle qui a en charge de « prendre les grandes décisions qui sur vingt ans vont structurer le territoire, ce n’est pas la collectivité du quotidien ». Qui plus est, la santé est aujourd’hui devenue un enjeu majeur du développement des territoires sans laquelle aucune politique globale n’est envisageable, affirme-t-il.

Pour y arriver, il envisage une mutation en deux temps. Il faut d’abord « responsabiliser financièrement les acteurs » en créant des sous objectifs régionaux de l’enveloppe annuelle allouée aux dépenses de santé (ONDAM) et pourquoi pas instaurer une convention médicale régionale. Mais à cela doit s’ajouter une « évolution institutionnelle » qui consisterait, explique-t-il, à mettre les agences régionales de santé (ARS) sous la tutelle des conseils régionaux.

Cédric Arcos réfute les accusations d’antiétatisme : « il ne s’agit pas de faire moins d’État mais mieux d’État. »

Pas question non plus d’y arriver du jour au lendemain en renversant la table. « Il faut donner l’impulsion et la confiance nécessaire aux acteurs », préconise le Francilien car « sur les territoires, il y a une très forte aspiration à agir ».

Des propositions pour ne plus faire rimer handicap et exclusion

Article d’Elsa Bellanger publié le 27 mars 2019 dans Le Quotidien du médecin

« Un tiers des personnes handicapées vivent dans la pauvreté », rappelle le Dr Philippe Denormandie, membre du conseil d’administration de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie). Des dispositifs existent pour les soutenir et les accompagner dans leur parcours de santé, mais leur complexité et le manque de liens entre les structures médicales et celles du monde médico-social les rendent parfois inaccessibles à ces patients. Malgré l’enjeu en termes d’accès aux soins, « ce n’est pas considéré comme un sujet », déplore le Dr Philippe Denormandie.

À l’occasion d’un débat du café Nile, il est revenu sur cette question à travers les propositions « opérationnelles » de son rapport « l’accès aux droits et aux soins des personnes en situation de handicap et des personnes en situation de précarité », rédigé avec Marianne Cornu-Pauchet, directrice du fonds CMU-C. Missionnés en avril 2018 par le ministère de la Santé, les deux auteurs ont élaboré 42 propositions, dont certaines sont traduites dans le PLFSS pour 2019. Ces préconisations sont articulées autour de 4 grandes idées.

Développer l’« aller vers »

La première idée porte sur la levée des barrières financières d’accès à la santé. Il s’agit principalement de rendre effectif le droit à une couverture de santé. L’ambition, explique le Dr Philippe Denormandie, est de « repenser le système afin que les patients reprennent leur santé à leur compte ».

La seconde idée repose sur la promotion de l’« aller vers ». L’objectif est d’« ouvrir des droits » et de « guider vers l’accès aux soins » les populations vulnérables. Alors que le non recours aux soins est lié au manque d’informations et à la difficile compréhension de celles-ci, cet « aller vers » implique de se tourner vers le patient, d’évaluer son environnement et d’amener le soin aux patients. Citant le dispositif PFIDASS (Plate-Forme d’Intervention Départementale pour l’Accès aux Soins et à la Santé), expérimenté à Grenoble, le Dr Philippe Denormandie estime qu’il s’agit d’une « modélisation de la médecine de demain ».

Valoriser la prise en charge complexe

Un autre axe de travail relève de la responsabilité et de l’implication de l’ensemble des acteurs. Dans notre « système cloisonné », souligne le membre du conseil d’administration de la CNSA, « la prise en charge de ces patients complexes n’est pas valorisée », alors qu’un « panier de soins doit être l’expression d’un parcours fluide ». Selon lui, il est nécessaire que des actions ou mesures de valorisation des spécificités de prise en charge « s’intègrent dans le droit commun » sans « créer d’offres spécifiques ».

Enfin, certaines préconisations portent sur la mise en place d’un pilotage efficient. Dans un système sans chef de file, le Dr Philippe Denormandie recommande ainsi de placer la CNAM comme pilote de la prise en charge des personnes en situation de handicap. Ce pilotage doit s’accompagner de la mise en place d’indicateurs de suivi de l’accès à la santé de ces patients.

Valletoux (FHF) et Gharbi (FHP) main dans la main pour opérer la révolution territoriale

Article de Martin Dumas Primbault publié le 21 mars 2019 dans Le Quotidien du médecin

En pleine discussion du projet de loi de santé à l’Assemblée nationale, les principales fédérations hospitalières (FHF, FHP et FEHAP) étaient invitées du Café Nile, mercredi 20 février. L’occasion pour elles de faire connaître leurs priorités pour les prochaines étapes de la transformation du système de santé.

Longtemps adversaires, la Fédération hospitalière de France (FHF) et la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), désormais logées à la même enseigne tarifaire, ont confirmé leur rapprochement. Objectif commun : mieux s’organiser sur le terrain, dans le cadre d’une responsabilité populationnelle.

Davantage qu’un appel à la concertation, c’est une « révolution par les territoires » que réclame Frédéric Valletoux, président de la FHF. Selon lui, pour que la « feuille de route ambitieuse » du plan « Ma santé 2022 » ne se convertisse pas en « rendez-vous raté », il convient de redonner du pouvoir aux acteurs de terrain présents sur les territoires. « Ce n’est pas par la tête que le système est malade, c’est par la base. »

Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), s’est montré lui aussi enthousiaste. Satisfait de la « confiance retrouvée entre les fédérations et les gouvernants », l’Héraultais se dit « très intéressé » par la réorganisation territoriale et la gradation hospitalière que dessine le projet de loi de santé. Il a hâte notamment de voir se déployer les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les hôpitaux de proximité.

Seule divergence : les restructurations que risque d’engendrer la réforme de la carte hospitalière (et des autorisations d’activités) sont explicitement défendues par le représentant des cliniques privées : « Il faut avoir le courage de fermer certains services », assume-t-il. Et de poursuivre : « Je pense qu’il faut être clair, ou bien on a la capacité d’avoir des médecins, des chirurgiens et des anesthésistes en nombre et en qualification suffisants, ou bien on arrête. S’il n’y a pas de médecin, c’est qu’il n’y a pas d’attractivité et donc pas de qualité. Alors on ferme et on fait autre chose. » 

Politique dirigiste ?

Marie-Sophie Desaulle, membre du conseil d’administration de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs (FEHAP) s’est montrée beaucoup plus sceptique sur la sincérité du gouvernement à déléguer aux territoires l’organisation sanitaire.

L’ex-directrice de l’agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire a pris l’exemple de la réforme du financement du système de santé, dont les grandes lignes ont été tracées par le rapport Aubert. Pour elle, il s’agit là d’un avatar d’une politique trop dirigiste et sans concertation suffisante avec les acteurs de terrain. « On ne peut pas avoir un modèle descendant du ministère », affirme-t-elle. De fait, le secteur privé à but non lucratif est le grand perdant de la dernière campagne tarifaire. 

« Grand débat national »: les fédérations hospitalières veulent former un front uni

PARIS, 20 mars 2019 (APMnews) – Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), et Marie-Sophie Desaulle, vice-présidente déléguée de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs (Fehap), ont affiché leurs points de convergence, mercredi, lors d’un Café Nile sur les priorités des fédérations hospitalières dans le cadre du « grand débat national ».

La suite de cette dépêche est accessible avec l’aimable autorisation d’APMnews.com

« Ma santé 2022 »: les ARS doivent être des partenaires facilitateurs en proximité (Jean-Jacques Coiplet)

PARIS, 13 mars 2019 (APMnews) – Les agences régionales de santé (ARS) doivent se positionner en partenaires facilitateurs en proximité pour mettre en oeuvre la transformation du système de santé, a estimé mercredi le directeur général de l’ARS Pays de la Loire, Jean-Jacques Coiplet, invité d’un « Café Nile ».

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Contre la stigmatisation de la psychiatrie, une spécialiste défend une meilleure coordination avec les généralistes

Article de Sophie Martos publié le 6 mars 2019 dans Le Quotidien du médecin

Grèves de la faim, manifestations, happenings médiatiques… Les actions des professionnels de santé de la psychiatrie, déterminés à défendre leur spécialité, ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. À plusieurs reprises, le secteur n’a cessé d’alerter le gouvernement sur la réduction des moyens et la charge de travail qui les étouffent à l’hôpital comme en ville. Invitée ce mercredi du Café nile (un think tank en santé), le Pr Marion Leboyer*, PU-PH à l’université Paris-Est Créteil et responsable du pôle de psychiatrie et d’addictologie du CHU Henri-Mondor est revenue sur les attentes de ces professionnels devant une salle comble, où plusieurs membres des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur étaient présents.

« La psychiatrie a été le parent pauvre de la médecine. Elle ne s’est pas modernisée, son organisation est restée généraliste », a-t-elle expliqué pour cadrer les enjeux. « Les conséquences sont graves à la fois pour les équipes hospitalières qui sont épuisées et démotivées mais avant tout pour les patients qui paient le prix fort, souligne-t-elle. Les pathologies sont diagnostiquées plus tardivement, parfois de 10 ans, et l’espérance de vie de ces patients est inférieure de 10 à 20 ans à celle de la population générale. » 

Collaboration resserrée entre praticiens

Les rallonges budgétaires accordées à la psychiatrie n’ont pas encore permis de dissiper le malaise. La situation est « urgente », insiste le Pr Leboyer.

Elle suggère de tout restructurer. Cela devra passer par la création d’une agence interministérielle pour la santé mentale calquée sur le modèle de l’INCa afin d’améliorer la prise en charge, soutenir la recherche, diminuer la prévalence des pathologies et homogénéiser les parcours. « Nous en avons besoin, aujourd’hui, il n’y a pas de parcours lisibles de la psychiatrie aussi bien pour les usagers que pour les professionnels de santé, les pratiques ne sont pas homogénéisées et nous sommes coupés des autres disciplines », argue-t-elle.

Elle recommande aussi une meilleure collaboration avec les médecins généralistes notamment pour le dépistage. Deux tiers des généralistes se déclarent insatisfaits de leur collaboration avec les psychiatres. Une formation sur les outils d’aide au repérage précoce ou la création d’une plateforme de téléphonique/Internet de télé-expertise ou de dialogue entre les deux spécialités est à cultiver. Au-delà, l’information auprès du public doit s’améliorer. « Les pathologies psychiatriques et les psychiatres sont stigmatisés. Si un patient consulte son généraliste et que celui-ci l’adresse à un psychiatre, cela peut être difficile pour lui. Le médecin généraliste peut s’occuper de certains aspects en lien avec un psychiatre sur les pathologies somatiques ou la gestion des traitements », explique-t-elle.

Côté formation des jeunes généralistes, le Pr Leboyer s’est dit favorable à l’intégration d’un stage obligatoire lors de l’internat comme l’a annoncé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. « 25 % de la patientèle du généraliste ont des pathologies psychiatriques », rappelle-t-elle. Plutôt qu’un semestre entier, les représentants des internes (ISNI et ISNAR-IMG) préfèrent l’instauration de demi-journées de formation en santé mentale en structures ambulatoires. À titre d’exemple, l’interne pourrait passer plusieurs demi-journées dans un centre médico-psychologique (CMP) ou dans un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie lorsqu’il effectue son stage chez le praticien de niveau 1.

Réforme du reste à charge zéro : pour les assureurs, « il va y avoir une augmentation des cotisations »

Article de Martin Dumas Primbault publié le 7 novembre 2018 dans Le Quotidien du médecin

La directrice santé de la Fédération française de l’assurance (FFA) Véronique Cazals a évoqué ce mercredi, à l’occasion d’un débat du Café Nile, l’impact financier de la réforme baptisée « 100 % santé » qui prévoit un reste à charge zéro sur les prothèses dentaires, optiques et auditives d’ici à 2021. Le message est clair : en dépit des déclarations d’Agnès Buzyn, expliquant qu’aucune hausse des cotisations ne pourra être imputée directement à cette réforme, la porte-parole des assureurs privés affirme l’inverse.

Si elle salue « une avancée sociale que la FFA a accompagnée sans réserve », Véronique Cazals en est certaine : « Il va y avoir une augmentation des cotisations ». Pour autant, la directrice santé de la FFA admet que « tout le monde va payer » (régime obligatoire et complémentaires santé) et n’avance aucun chiffre précis de croissance des tarifs. Elle constate simplement une chose, « cette réforme ne pourra pas se faire à somme nulle ».

Les mutuelles ont déjà prévenu aussi

Cette conclusion va dans le sens du discours de la Mutualité française. À la fin du mois dernier, la FNMF a avancé la fourchette de 4 à 5 % de hausse des cotisations, étalée sur les trois prochaines années, pour les « petits contrats », c’est-à-dire ceux dont les garanties sont inférieures au panier de soins à reste à charge zéro. Une augmentation que devraient aussi connaître, mais dans une moindre mesure, les salariés couverts par des contrats collectifs. Il est « encore trop tôt pour mesurer précisément le coût de cette réforme pour les complémentaires santé, car il dépendra du recours aux paniers du reste à charge zéro », avait cependant tempéré la Mutualité. 

À ce stade, mutuelles comme assureurs privés misent sur le « comité de suivi » de la réforme 100 % santé (dès décembre). Le gouvernement a lui aussi prévenu qu’il veillerait de près au « respect de l’engagement » des complémentaires à maîtriser les cotisations.