Réforme du reste à charge zéro : pour les assureurs, « il va y avoir une augmentation des cotisations »

Article de Martin Dumas Primbault publié le 7 novembre 2018 dans Le Quotidien du médecin

La directrice santé de la Fédération française de l’assurance (FFA) Véronique Cazals a évoqué ce mercredi, à l’occasion d’un débat du Café Nile, l’impact financier de la réforme baptisée « 100 % santé » qui prévoit un reste à charge zéro sur les prothèses dentaires, optiques et auditives d’ici à 2021. Le message est clair : en dépit des déclarations d’Agnès Buzyn, expliquant qu’aucune hausse des cotisations ne pourra être imputée directement à cette réforme, la porte-parole des assureurs privés affirme l’inverse.

Si elle salue « une avancée sociale que la FFA a accompagnée sans réserve », Véronique Cazals en est certaine : « Il va y avoir une augmentation des cotisations ». Pour autant, la directrice santé de la FFA admet que « tout le monde va payer » (régime obligatoire et complémentaires santé) et n’avance aucun chiffre précis de croissance des tarifs. Elle constate simplement une chose, « cette réforme ne pourra pas se faire à somme nulle ».

Les mutuelles ont déjà prévenu aussi

Cette conclusion va dans le sens du discours de la Mutualité française. À la fin du mois dernier, la FNMF a avancé la fourchette de 4 à 5 % de hausse des cotisations, étalée sur les trois prochaines années, pour les « petits contrats », c’est-à-dire ceux dont les garanties sont inférieures au panier de soins à reste à charge zéro. Une augmentation que devraient aussi connaître, mais dans une moindre mesure, les salariés couverts par des contrats collectifs. Il est « encore trop tôt pour mesurer précisément le coût de cette réforme pour les complémentaires santé, car il dépendra du recours aux paniers du reste à charge zéro », avait cependant tempéré la Mutualité. 

À ce stade, mutuelles comme assureurs privés misent sur le « comité de suivi » de la réforme 100 % santé (dès décembre). Le gouvernement a lui aussi prévenu qu’il veillerait de près au « respect de l’engagement » des complémentaires à maîtriser les cotisations.   

Accès aux médicaments : les vérités inquiètes de Noël Renaudin, ex-patron du CEPS

Article de Loan Tranthimy publié le 11 octobre 2018 dans Le Quotidien du médecin

À l’occasion d’un débat organisé par l’agence Nile, Noël Renaudin, l’ex-président du comité économique des produits de santé (CEPS, principalement chargé par la loi de fixer les prix des médicaments), a livré sans langue de bois un premier bilan « mitigé » du dernier conseil stratégique des industries de santé (CSIS) entre l’État et l’industrie du médicament, en juillet.

Le Premier ministre y a pourtant annoncé des mesures fortes pour restaurer le dialogue avec le secteur. « Ce 8e conseil a fait avancer beaucoup de choses… mais dans d’autres domaines que l’accès au marché et les relations entre les industriels et l’État », recadre Noël Renaudin, qui avait été nommé coordinateur de ce CSIS.

Aujourd’hui, il se dit « inquiet » pour la traduction de plusieurs engagements majeurs pris par Édouard Philippe. Cela concerne la réduction des délais de mise sur le marché (AMM) pour respecter la limite fixée par l’Europe à 180 jours, mais aussi l’élargissement du dispositif des autorisations temporaires d’utilisation (ATU) aux extensions d’indications thérapeutiques pour accéder aux traitements les plus innovants (500 ATU délivrées en 2018). « Lorsqu’on lit la nouvelle lettre d’orientation du CEPS, il y a une volonté de réduire les délais à 180 jours mais sans aucun moyen en face. Nous sommes déçus car nous avons proposé des solutions techniques dont aucune n’a été adoptée », déclare, amer, l’ancien patron du CEPS.

Idem pour l’élargissement du dispositif des ATU, prévu par l’article 42 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2019 dont la rédaction est jugée beaucoup trop « complexe »« Il ne se passera rien car on refuse d’affronter l’incompatibilité entre la ressource globale disponible et l’augmentation vertigineuse du prix de l’innovation, notamment dans le cancer », martèle-t-il.

Méfiance

L’ancien patron du CEPS déplore la méfiance persistante entre l’industrie pharmaceutique et l’administration mais aussi la difficulté de faire appliquer les décisions politiques. « Cela s’en ressent dans le budget de la Sécurité sociale. Aucune place n’est donnée aux accords conventionnels. Avant, les ministres étaient davantage obéis et les administrations plus loyales », dénonce-t-il. Noël Renaudin appelle à « un changement de culture forte de la part de l’administration ». 

Réforme de l’hôpital : si on conserve les CHU, « c’est foutu », clame le Pr Guy Vallancien

Article de Martin Dumas Primbault publié le 13 septembre 2018 par le Quotidien du Médecin

Fidèle à sa gouaille et sans langue de bois, le Pr Guy Vallancien a livré sa vision radicale du système hospitalier à l’occasion d’un débat organisé par le Café nile. À quelques jours des annonces sur la stratégie de transformation du système de santé, l’urologue de l’Institut mutualiste Montsouris (IMM), touche-à-tout de 72 ans, se dit « très inquiet » et craint que le gouvernement remette « une copie un peu molle ».

« Si j’entends encore parler de centre hospitalo-universitaire, c’est foutu ! », résume-t-il. Alors qu’on s’apprête à fêter leurs 60 ans, le Pr Vallancien rêve de voir disparaître les CHU en l’état. « Car dans CHU il y a deux mots qui n’ont plus aucun sens aujourd’hui. » Il récuse le terme de « centre », qui empêche selon lui d’imaginer toute forme de décentralisation et celui d’« hôpital », à l’heure du développement de l’ambulatoire et de la disparition des lits.

Quitter la blouse pour la cravate

En échange, il propose la création d’une nouvelle entité : les « GMU », pour « groupes médico-universitaires ». L’objectif ? Faire passer les acteurs de santé d’une logique de « concentration » à une logique de « diffusion » en élargissant le périmètre du groupement aux maisons de santé et aux établissements privés.

Et pour conserver le « U », il suggère « l’universitarisation de toutes les structures qui appartiendront au GMU », y compris les cliniques privées et en ouvrant les portes aux industriels dans le financement de la recherche. C’est de cette manière seulement que l’on pourra briser l’hospitalocentrisme décrié par le Pr Guy Vallancien.

Mais tout cela doit s’accompagner d’une clarification de la gouvernance. Exit le président de commission médicale d’établissement (CME), perçu par l’urologue comme « un vice-président élu par ses pairs mais qui se retrouve souvent opposé à eux ». Guy Vallancien n’est pas contre un vrai pouvoir médical à condition que « son directeur quitte la blouse pour la cravate »Exit aussi la direction hospitalière unique jugée responsable de blocages administratifs. « Aujourd’hui, une seule personne s’occupe de trois domaines, l’universitaire, le clinique et la recherche, ce n’est plus possible, il faut scinder ! »

La moitié du budget de la Sécu aux régions

Côté organisation, le chirurgien réclame davantage d’autonomie aux établissements. Son mot d’ordre : « foutons la paix aux hôpitaux ! ». Il imagine une décentralisation qui permettrait aux acteurs de s’organiser dans les territoires et souhaite même « donner la moitié du budget de la Sécu aux régions ». Ce n’est qu’ensuite que viendrait le temps de l’évaluation : qualité et pertinence des soins seront mesurées grâce aux bases de données et à des questionnaires adressés aux patients. Sur quelques indicateurs bien définis, les médecins pourront se comparer entre eux et améliorer leur pratique. « Les professionnels sont demandeurs de ce type d’évaluation », affirme le Pr Vallancien.

Le chirurgien plaide ouvertement en faveur de la délégation de tâches. « Si je regarde ma pratique, 50 % des actes sont transférables, et je parle bien de transfert et non de délégation, c’est-à-dire responsabilité incluse », a-t-il déclaré avant d’ajouter non sans provocation :  « Je ne vois pas pourquoi il faut douze ans d’études pour opérer une hydrocèle ou un phimosis. »

Faut-il supprimer les CHU ?

Retrouvez ici la page d’origine de cet article de Vincent Olivier.

Ce qui est bien avec Guy Vallancien, c’est qu’il suffit de lui donner un micro pour entendre des propos originaux, voire iconoclastes. Pour qui ne le connaitrait pas, je rappelle quelques-unes de ses multiples casquettes : urologue de formation, ancien directeur de l’Institut mutualiste de Montsouris, créateur de CHAM, le « Davos de la santé français », auteur de nombreux ouvrages et j’en passe. Et son intervention ce matin, dans le cadre du Café Nile organisé tous les mois par Olivier Mariotte, n’a pas échappé à la règle…

Des exemples ? « Dans l’acronyme CHU (pour Centre Hospitalier Universitaire), il y a deux lettres en trop ! Le « centre » doit devenir un groupe et intégrer les établissements privés, et l’«hospitalo » doit devenir « médico » puisque le futur de la médecine, ce sera l’ambulatoire. Parce que les mots ont un sens, si on ne change pas les mots, on ne changera pas les mentalités. Et donc, si Mme Buzyn parle encore la semaine prochaine de CHU au lieu de GMU, cela voudra dire qu’elle a renoncé à toute réforme de fond. »

Mais Guy Vallancien ne s’arrête pas en si bon chemin. Le PH (praticien hospitalier) ? « Ce ne peut pas être un poste à vie – tout au plus un contrat sur 4 ou 5 ans, contrat qui lui laissera la possibilité de faire le choix parmi les trois missions qui lui incombent aujourd’hui (la recherche, l’enseignement ou la clinique) de deux missions seulement et pas plus. » La gouvernance à l’hôpital ? « On ne peut plus rester avec un directeur général et un président de CME (Commission médicale d’établissement) qui soit son adjoint. Celui-ci doit avoir le titre de directeur médical et ne pas appartenir à la CME. Pour éviter tout conflit d’intérêt, il devra donc quitter la blouse et mettre la cravate » ajoute Guy Vallancien, avec son sens inné des formules.

Quant au financement des établissements de santé, Guy Vallancien estime que les dés sont pipés du fait même de l’intervention systématique de l’Etat, qui fausse le jeu « en se conduisant comme s’il était à la fois l’arbitre et un joueur d’une partie de football ». il propose donc de confier le financement des hôpitaux aux régions, en tout cas « à hauteur de 50% du budget de la Sécu, et que la Région soit jugée non pas sur l’affectation de ces recettes mais sur les résultats en matière de qualité et de pertinence des actes effectués ».

Reste la délicate question des études médicales, en pleine actualité avec la sortie sur les écrans de « Première année » aujourd’hui, et le grand plan Santé que doit annoncer Emmanuel Macron le 18 septembre prochain. Sur ce sujet aussi, Guy Vallancien a quelques idées originales. Dont celle d’instaurer un cycle commun de trois ans pour tous les futurs professionnels de santé (infirmier, cadre de santé etc.), à quoi s’ajouterait une sur-spécialisation type master 1 ou 2 pour les médecins. Autre proposition, inspirée du constat que « la moitié d’une activité de chirurgien est transférable » :  créer une formation courte qui débouche sur un métier nouveau, celui de « technicien opératoire », étant entendu qu’à ses yeux « il n’y a pas besoin de faire douze ans d’études pour faire un phimosis ! »

Certains chirurgiens vont sans doute s’étrangler en lisant ces lignes. D’autres récuseront l’idée qu’il se fait d’un médecin, à savoir un professionnel qui doit être « une personne rare, donc chère, faite pour soigner et pas pour s’occuper de prévention car les infirmières font déjà ça très bien ». Mais Guy Vallancien a en tout cas le mérite de bousculer quelques idées reçues.  Et la plupart de ses confrères le rejoindront sans doute sur un point : sa dénonciation des études de médecine « fondées sur les maths, avec la règle que 1 +1 = 2, quand dans la vraie vie le résultat peut être 1,8 ou 2,1. Car la médecine, c’est avant tout de l’humain ».

PLFSS 2019 : rupture ou continuité ?

Les dernières informations concernant le projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2019 font redouter la poursuite d’une politique de coup de rabot sur les dépenses de santé et les nécessaires investissements à réaliser pour transformer un système à bout de souffle. Le rapport Charges et Produits de la CNAM, les déclarations du Premier Ministre sur les conséquences du ralentissement de la croissance (3 milliards d’euros à trouver en plus) font craindre en effet que les vieilles solutions soient préférées par la technostructure.

On avait connu l’année dernière une déception forte particulièrement dans le domaine des produits de santé. En effet, le gouvernement installé récemment avait maintenu le PLFSS 2018 dans sa forme (désormais classique) d’ensemble de contraintes financières brutales. Le motif avancé était qu’il était trop tard pour bâtir un nouveau texte et que le « vrai » premier PLFSS marqué par la politique de réformes du gouvernement serait celui de 2019.Pourtant, l’année 2018 a été marquée par plusieurs signes encourageants dont on retiendra au moins le retour des comptes sociaux dans le vert, l’article 51 de la LFSS 2018 qui introduit un mécanisme dérogatoire aux modes de financements existants et le Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) qui s’est tenu en juillet dernier. Les (bonnes) intentions politiques ont été affirmées et certaines mesures envisagées vont dans le bon sens. On peut craindre cependant que ces intentions ne soient pas suivies, du moins dans l’immédiat, d’un impact positif dans le PLFSS 2019.

Pour Nicolas Bouzou, « le premier ministre a fait d’excellentes annonces lors du CSIS, sur la facilitation de l’accès au marché pour les médicaments innovants ou la recherche clinique ». Mais il partage une inquiétude politique plus globale au vu des annonces du même premier ministre il y a 8 jours, non pas sur la santé mais sur le budget 2019 ou l’on constate beaucoup de rabot et peu de réformes. « Le Gouvernement puis les parlementaires peuvent encore corriger le tir mais on a un peu le sentiment d’un retour du conservatisme ». En ce qui concerne un PLFSS « classique », Nicolas Bouzou considère que cela aura surtout un impact négatif sur la confiance. « Les industriels et les professionnels de santé ne supportent plus les ajustements paramétriques, baisses de prix ou gels de rémunération, qui certes permettent de maîtriser les déficits sociaux à court terme mais qui en réalité n’améliorent pas sa solvabilité à long terme. Sinon la France n’aurait plus de soucis de finances publiques ! Franchement, nous attendons mieux de ce Président et de cette majorité. En dehors du budget, espérons que la réforme de l’hôpital enverra le signal d’un vrai changement ».

Guy Vallancien partage cette ligne et voit, avec le retour des vieilles méthodes de régulation, un triple risque : la perte des investissements industriels nécessaires pour faire de la France un grand pays de santé, une restriction de l’accès aux soins portant sur les innovations thérapeutiques qui arrivent en grand nombre actuellement et surtout « un décrochage dramatique d’avec l’Allemagne, alors même que l’Europe de la santé doit se construire et que le couple franco-allemand est encore le seul moteur ».

Du coté des industriels, le doute pourrait s’installer. Pierre-Claude Fumoleau (président d’Abbvie) considère qu’il faut remobiliser les pouvoirs publics sur leurs engagements. « Le CSIS a permis de remettre les industries de santé dans la perspective de croissance et ceci doit se traduire dans un PLFSS 2019 ambitieux, en rupture avec la politique d’économies qui a été la règle depuis des années. Il serait dramatique que le PLFSS ne traduise pas l’ensemble des mesures du CSIS ». « On assiste à un décrochage de la France au niveau européen. Il faut que ce PLFSS nous permette d’inverser la tendance. L’engagement des pouvoirs publics sur les ATU fait partie des signaux importants. » L’industrie est mobilisée et vigilante car les sujets d’avenir sont en effet nombreux. On citera les ATU post-indication, une régulation plus prévisible qui n’érode pas la mise sur le marché des produits innovants, la mise en place d’un PLFSS pluriannuel…

Une question lancinante demeure cependant : le pouvoir politique a-t-il le pouvoir de faire bouger la technostructure et d’amorcer une action novatrice ? L’ensemble des acteurs veut y croire…

Relèvement des seuils d’activité en chirurgie oncologique : plus de 850 blocs concernés, selon la CNAM

Article d’Anne Bayle-Iniguez publié le 11 juillet 2018 dans Le Quotidien du médecin

Etendre et renforcer la politique des seuils d’activité en cancérologie et expérimenter dans cette spécialité un mode de financement alternatif. C’est, selon le Dr Ayden Tajahmady, la proposition phare du dernier rapport dit « charges et produits » de l’assurance-maladie (CNAM), celle qui mériterait de se retrouver dans le prochain budget de la Sécurité sociale. Interrogé ce mercredi lors d’un café Nile, à Paris, le directeur adjoint de la stratégie, des études et des statistiques de la CNAM, cheville ouvrière de ce rapport fleuve, a expliqué en quoi l’application de cette réforme serait bénéfique pour les patients comme pour la Sécu.

La CNAM préconise que le seuil d’activité pour la chirurgie du cancer du sein (existant depuis 2007) soit relevé de 30 à 150 interventions par an. Dans le cas du cancer de l’ovaire, pour lequel il n’existe en France aucun seuil d’autorisation spécifique, la caisse suggère la création d’un plancher de 20 interventions par an. Si ces deux nouveaux seuils étaient appliqués, « 338 établissements ne pourraient plus continuer à opérer des cancers du sein et 519 établissements ne pourraient plus continuer à réaliser de chirurgie pour cancer de l’ovaire » – soit 857 blocs opératoires, indique le rapport.

L’analyse des pratiques chirurgicales pour cancer du sein (entre 2012 et 2014) et de la survie des patientes (grâce au Système national des données de santé – SNDS) démontre clairement le lien entre surmortalité et faibles volumes. 

Ajustement du tarif à l’acte

« La logique n’est pas de fermer des établissements mais d’assurer la qualité des soins maximale aux patientes, c’est ce qui doit nous guider, a souligné Ayden Tajahmady. L’enjeu est de différencier les hôpitaux dont l’activité est en dessous du seuil de ceux qui sont juste au-dessus, où il y a des gains de productivité à faire. Et puis nous sommes en 2018, on ne peut plus accepter de travailler avec ces gens qui ne respectent pas des règles qui existent pourtant depuis près de dix ans ! »

Selon Ayden Tajahmady, et à travers lui la CNAM, cette situation est le résultat d’un financement « inadapté », qui n’incite pas à respecter les dispositifs réglementaires. La politique de renforcement des seuils d’activité doit donc aller de pair avec une tarification incitative. L’assurance-maladie propose à ce titre l’expérimentation de nouveaux modes de financement instaurant une forte composante « qualité » dans les tarifs, distincte de la réalisation de l’acte et versée uniquement aux établissements, aux équipes ou aux chirurgiens vertueux. Cette nouvelle enveloppe serait financée par un « ajustement du tarif de l’acte », lit-on dans le rapport « charges et produits ». 

« Il ne faut plus raisonner en financement par établissement mais par équipe de soins, a ajouté Ayden Tajahmady. Il faut également comprendre que miser sur la qualité et la pertinence permet de ne pas envisager de déremboursement comme source d’économies. Sur le cancer du sein, nos marges de manœuvre sont vastes. »

Face aux anti-vaccins, il faut organiser la riposte

Article publié dans le numéro juin-juillet 2018 de la Gazette Santé Social

Antivaccins hyperactifs sur Internet : la contre-offensive s’organise

Alors que le discours des anti-vaccins domine sur la Toile, le Dr Olivier Mariotte, enjoint la société civile de faire barrage aux fausses informations qui se répandent sans contrepartie sur internet. Créateur de Nile, une agence de conseil dédiée aux acteurs de santé, il incite à la constitution de « think tanks » réunissant les hommes de bonne volonté pour pallier la décrédibilisation des représentants de la science et des autorités, contestés par les citoyens chez qui on a instillé le doute. 

 

Egora.fr : Vous vous êtes récemment associé aux six académies scientifiques, qui ont protesté contre l’annulation en appel de la radiation du Pr Henri Joyeux, ce médecin qui mène une offensive contre les vaccins. Que vous inspirent les derniers soubresauts de cette affaire ?

Dr Olivier Mariotte : Je trouve absolument dramatique que des arguties juridiques soient mises en balance avec la même force que la réflexion scientifique. Une radiation signifie qu’une personne a commis des faits que la déontologie de la profession ne peut tolérer. Si une argutie juridique vient  démonter ce fait, cela donne à l’auteur de ce comportement anti déontologique, les moyens d’étendre le domaine de la lutte et de dire : « Voyez, j’ai été blanchi de… ce qui signifie que sur le fond, mes arguments scientifiques sont bons. » Je trouve cela absolument scandaleux, c’est du relativisme. Hormis par Michel Cymes qui a pris une position claire et très forte, en tant que médecin et en utilisant sa plateforme médiatique, c’est quelque chose qui est très souvent utilisé par les médias. Ils comparent deux faits qui n’ont pas la même valeur : la déontologie, la puissance de la rationalité de la science et des comportements scientifiquement délinquants. On ne peut pas se baser sur une argutie juridique pour retrouver de la légitimité à cause de cela.

 

Vous avez démontré dans l’étude menée en collaboration avec Antidox, l’extraordinaire activisme des anti vaccins sur la toile, alors que les défenseurs des vaccins se situent loin derrière. Que faudrait-il faire pour être à équivalence d’influence sur le net, puisque c’est là que les choses se jouent ?

A équivalence d’influence ? Il ne faut pas chercher, ce n’est pas un combat quantitatif. Dire qu’il faut mettre plus de pression pour le faire porter par des gens ou pour convaincre, relève à mon avis d’une vision obsolète. En revanche, à l’heure actuelle, ce qui constitue la grande majorité du public, ce sont…

les gens qui doutent. Et ils le peuvent, avec tout ce qui leur a été raconté. Auparavant, une mère de famille dans les années 60 ne s’occupait pas de savoir s’il fallait vacciner son gamin contre la variole car d’une part, c’était obligatoire et d’autre part, dans toutes les histoires de familles, il y avait des récits de gens qui étaient morts de la variole. Alors, avoir accès à la vaccination, c’était une aubaine. Mais maintenant, il y a des gens qui doutent, parce que de mauvaises décisions ont été prises par les pouvoirs publics et que des effets d’annonce peuvent expliquer ce doute.

Ce qui pose véritablement problème, c’est qu’il n’y a pas en face de cela, un arsenal rationnel, équilibré, d’arguments portés par des gens de qualité, qui permettrait de lutter contre la myriade d’informations perverses qui sont diffusées, très souvent émotionnelles, reposant sur des falsifications scientifiques comme cette étude sur l’autisme et la vaccination.  En face, il n’y a pas un nombre suffisant d’acteurs pro vaccins, qui vont dire : « Ce que vous affirmez là, c’est faux. Cette étude est de mauvaise qualité, etc « . Qui vont mettre les gens devant une demande de justification permanente.

Il faut qu’on arrive à constituer un catalogue d’éléments rationnels, scientifiques, bien étayés, qui s’adresse à tous ceux qui recherchent une information de qualité, traçable, référencée scientifiquement, un corpus d’information pro vaccin, de qualité, qui ne reprend que des éléments scientifiques. On n’a pas besoin d’avoir l’opinion de Louis Pasteur, on s’en fiche même si elle est magnifique. Il suffit de savoir que ce scientifique a tenté un truc fantastique sur un gamin qui avait la rage, une maladie qui tuait 100 % des personnes infectées, qui lui a permis d’être vivant.

 

Qui pourrait être porteur de ce discours ? Les sachants en général, la presse, le gouvernement, les médecins, les laboratoires pharmaceutiques sont tous décrédibilisés par ces contestataires ? Comment contrer cette vague de défiance ?

Il faut travailler les stratégies d’alliance. Les autorités de santé se sont décrédibilisées du fait d’une mauvaise gestion des crises sanitaires : décisions de blocage de la vaccination contre l’hépatite B, puis de confier l’organisation de la…

vaccination contre la grippe au ministère de l’Intérieur par exemple. La science, par ailleurs, ne s’est jamais positionnée pour être suffisamment convaincante, sa communication est opaque pour le grand public. L’industrie pharmaceutique ? Pour les anti-vax, c’est Big pharma. Son intérêt est de produire des vaccins pour faire plein de profit. Et plus les gens seront vaccinés et plus ils seront malades d’ailleurs, et plus on pourra leur vendre des médicaments… Les médecins ? Il suffit de ressortir le fait que 12 % seulement d’entre eux sont vaccinés contre la grippe pour qu’on se dise qu’ils n’y croient pas. Les seuls qui auraient une forme de crédibilité, c’est les pharmaciens qui récupèrent la vaccination contre la grippe au détriment des médecins. Mais maintenant, on commence à entendre dire qu’eux aussi, ils le font pour se faire plus d’argent.

Ce qui devient intéressant, c’est lorsque on voit un youtuber, une académie, une entreprise, une société savante médicale, un collectif de professionnels de santé, se mettre à travailler ensemble et en réseau. Dans l’étude diligentée par Nile et Antidox (voir par ailleurs), on voit émerger des personnalités comme le chercheur Thomas Durand, de la Tronche en biais, une chaîne youtube, qui récupère des morceaux d’informations pour contester systématiquement les contrevérités qu’il détecte sur la toile. Voilà le genre de personnalités que l’on trouve parmi les pro-vax.

 

Il faudrait constituer une société civile des pro-vax ?

Je pense qu’il faut créer des think-tank ou des groupes de réflexion faits pour l’action, qui pourraient associer des associations de malades, des industriels, des administratifs, etc.  Mais cela ne peut pas exister si ce « do tank » est issu d’une décision politique, car vous ne ferez jamais travailler la DGS avec l’industrie pharmaceutique, sous les yeux du grand public, par exemple. Cela réfère plutôt à une forme de génération spontanée d’acteurs qui se mettent à bouger. Cela n’empêche pas que les autorités de santé pourraient prendre l’initiative de…

créer ce corpus d’information et rémunérer ensuite les gens, qui ont ce genre de profil à la Thomas Durand. Mais je pense que l’action doit être portée par un certain nombre de personnes qui s’auto désignent : un médecin de famille, un pharmacien, un patron de boite, un Michel Cymes, etc. Je ne crois pas à un grand plan de l’action publique.

 

C’est une vue de l’esprit ou les choses sont-elles déjà en train de se mettre en place ?

Cela se met en place. Je pense que les systèmes craquent, mais les hommes réfléchissent bien et certain d’entre eux s’investissent pour des causes. Notre étude montre que ceux qui ont de l’influence dans les réseaux sociaux ne sont pas ceux qui sont connus. La cause n’est pas perdue, mais il faut que les pouvoirs publics se gardent de deux écueils : d’une part, mener une grande campagne car c’est vraiment ce qu’il faut faire pour redévelopper des messages anti vax. D’autre part, se dire quer ce n’est pas très grave car ce sera fait par d’autres. Non, il faut que ce soit fait avec eux, leurs soutiens, leurs investissements et leurs moyens.

 

 

Messages anti vaccins :  250 000 partages sur Facebook et 46 000 tweets

Une enquête sur le débat relatif à la vaccination sur les réseaux sociaux a été réalisée par Antidox, un cabinet de conseil en stratégie en communication et Nile, une agence conseil en affaires publiques dédiées aux acteurs de santé. Durant trois mois, 841 500 mentions extraites de médias en ligne, de blogs, de forums, de Facebook, Twitter, Instagram ou Youtube ont été passées au crible.

La requête anti-vaccination a progressé de 130 % au cours des 5 dernières années, avec un léger pic de recherche, à l’occasion de l’annonce par le Premier ministre, de l’extension de l’obligation vaccinale, souligne l’étude.

Sur les réseaux sociaux, plus de 8 200 articles ont été publiés sur la vaccination. Sur Facebook, le Pr Henri Joyeux a 143 000 abonnés et les anti-vax sont de loin les plus actifs. Ils publient et relaient des messages de manières beaucoup plus régulière que les pro-vaccins (250 000 partages sur Facebook ont été réalisés ainsi que 46 000 tweets) Mais les pro-vaccins ont toutefois une plus grande audience, note l’étude.

Sur Twitter, à partir d’une étude portant sur un panel de 2 000 pro et 2 000 anti-vaccins, il a été observé que les anti vaccins sont en moyenne trois fois plus actifs que les pro-vaccins. Sur les 25 vidéos les plus vues sur Youtube concernant les vaccins, plus de 50 % d’entre elles développent un argumentaire contre la vaccination contre 10 % de vidéos pro vaccins. Les partisans de la vaccination  sont peu actifs, et leur engagement n’est pas régulier. Ils adoptent majoritairement des postures défensives sur les discours anti-vax, « ce qui peut s’avérer contre-productif en termes d’image, commentent les auteurs de l’étude.

Un système de santé « hyperadministré, bureaucratisé, jacobin » : le coup de sang du patron de la FHF

Article de Martin Dumas Primbault publié le 22 juin 2018 dans Le Quotidien du médecin

Frédéric Valletoux était l’invité cette semaine du café Nile, à Paris, pour débattre de la place de l’hôpital dans la transformation du système de santé. Le patron de la Fédération hospitalière de France (FHF) n’y est pas allé par quatre chemins, dénonçant successivement « un système hyperadministré, bureaucratisé, centralisé et jacobin » et des agences régionales de santé (ARS) qui « infantilisent » les acteurs locaux. Clairement, Frédéric Valletoux veut prendre d’assaut la « citadelle administrative française »

Place aux acteurs locaux

Dans l’attente des annonces du président de la République sur la réforme de l’hôpital, Frédéric Valletoux préconise un changement de paradigme sous le signe de la « responsabilité populationnelle ». Derrière cette expression se cache une approche par la pertinence des soins dans laquelle l’organisation territoriale des soins ne serait plus contrôlée a prioripar les ARS, mais évaluée après sa mise en œuvre.

« Aujourd’hui, un directeur d’hôpital est soumis au bon vouloir de l’ARS pour faire valider son budget », déplore Frédéric Valletoux. La solution du maire de Fontainebleau suit une logique inverse. L’ARS, à partir d’indicateurs de santé publique, réunirait autour d’une table tous les acteurs locaux – publics comme privés – pour leur donner des objectifs précis à l’échelle d’une population sans postuler a priori des moyens d’action. Ce n’est qu’au moment de l’évaluation des résultats que les acteurs les moins performants pourraient être sanctionnés. Frédéric Valletoux assume : « Le système de santé n’a pas besoin de plus d’argent mais d’être mieux régulé. » 

Guerre stérile public/privé

La responsabilité populationnelle prônée par la FHF ne peut aller sans une véritable coopération public/privé sur le terrain. « Je pense que les différents acteurs sont prêts à faire partie d’un système qui les responsabilise », veut croire Frédéric Valletoux.

Qui de mieux pour lui donner raison que Lamine Gharbi, son homologue de l’hospitalisation privée ? Présent dans l’auditoire lors du débat à Paris, le président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) s’est félicité des nouveaux rapports qu’entretiennent désormais les deux fédérations. « J’ai longtemps été l’artisan d’une guerre stérile entre le public et le privé », s’est-il excusé. « Aujourd’hui, j’ai compris qu’il ne fallait plus plaider la convergence tarifaire mais… la convergence des devoirs, le premier étant de permettre à chacun de trouver un médecin . » C’est dans cet esprit que le patron de la Fédération des cliniques suggère la participation plus ample des établissements privés à la prise en charge de certains patients fragiles – notamment en médecine gériatrique, en soins de suite et en psychiatrie.

Interim, mauvaise réponse, vrai sujet

Sur la question du recours à l’intérim par les hôpitaux, le patron de la FHF s’est montré ferme. « C’est une très mauvaise réponse à un vrai sujet. » Évoquant l’initiative du Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) qui dresse une liste noire des établissements plafonnant leur rémunération, Frédéric Valletoux a eu des mots durs : « Ces gens-là devraient être sanctionnés. »

Interrogé enfin sur le récent rapport du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie (HCAAM) qui préconise la création d’un nouveau type d’établissements communautaires à mi-chemin entre l’hôpital de second recours et la médecine de ville, le maire de Fontainebleau y voit « une réponse très française »« On crée une nouvelle structure et un nouveau statut dans l’espoir de soigner un mal. »

Innovations expérimentales : un « chiffon rouge » si l’on ne sait pas les évaluer (Frédéric Valletoux)

PARIS, 20 juin 2018 (APMnews) – L’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) 2018 sur les innovations organisationnelles et tarifaires ne sera qu’un « chiffon rouge » sur la tête des acteurs si l’on ne sait pas évaluer la qualité des expérimentations, a averti mercredi Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), invité d’un « Café Nile ».

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